Il fut un temps où l’artiste était un sage, c’est-à-dire un homme cultivé qui se doublait
d’un thaumaturge, d’un mage, d’un thérapeute, et même d’un gymnasiarque ; ce tout qu’on appelle dans le langage des foires l’homme orchestre ou l’homme Protée.
L’artiste réunissait en lui toutes les facultés et toutes les sciences. Puis vint l’époque de la spécialisation, celle aussi de la décadence.
La peinture
selon le Tao, explique Chang Chung-Yuan, peut se définir comme la réflexion ou la reproduction spontanée de la réalité intérieure de celui qui peint, en dehors de toute règle arbitraire et de
toute limitation intérieure. Les possibilités de celui qui peint s'expriment alors sans contrainte et la création s'accomplit sans effort artificiel. Cette méthode de la « non-méthode » dans la
peinture est l'application de la philosophie taoïste. Nous savons que le Tao est l'expérience ontologique par laquelle la réalité objective et la réalité subjective se confondent. Cette
identification ne se produit pas au niveau de la conscience par un processus logique ; elle est cet événement intérieur dont Zhuangzi dit que, par lui, « toutes choses et moi-même ne
faisons qu'un ».
In. Le Tao - par Marie Thérèse Lambert . Éditions SEGHERS PARIS.
1988.